Politique

Réforme de la commission électorale : « On ne gagne pas les élections à la Cei » (Blé Guirao)

Abidjan, 10 mars (LP) – Le Vice-Président de l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (Udpci, proche du pouvoir), Jean Blé Guirao, par ailleurs Directeur du Centre régional des œuvre universitaire (Crou) de l’Université d’Abidjan-Cocody, a estimé que les élections ne se gagnent pas à la Commission électorale indépendante (Cei) mais plutôt sur le terrain, appelant à la « cohésion » et la « solidarité » au sein de la mouvance présidentielle pour affronter « les obstacles », dans l’interview du dimanche avec l’agence de presse Le Progrès.

Monsieur le Président, depuis le 26 janvier, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (Rhdp, coalition au pouvoir) est devenu Parti Unifié. A la date d’aujourd’hui, que peut-on retenir ?

Il faut d’abord vous remercier et dire que les Ivoiriens ont soif de paix. Vous savez, il y a un adage qui dit que ceux qui ont vu la panthère et ceux qui ne l’ont pas vu, m’ont pas la même manière de courir. Les Ivoiriens, qui ont souffert de la crise de 2010 ont soif de paix, ont soif de quiétude. C’est ceux qui l’ont vécue sur les réseaux sociaux qui sont dans les langages guerriers, qui croient qu’on revient d’un dîner gala alors qu’on est sorti d’une crise qui a fait plus de 3000 morts. Une crise qui a traumatisé beaucoup de familles.

En ce qui me concerne par exemple, le 16 mars (2011), j’ai eu ma résidence qui a été brûlée à Man (ouest). Le 8 avril (2011), j’ai eu mon petit frère, son épouse et mon oncle assassinés. C’est-à-dire que je fais partie de ces Ivoiriens qui ne sont plus prêts à revivre cette crise. C’est pourquoi, on est tonné du comportement certaines personnes.

Alors, la naissance du Rhdp est une aubaine, une chance pour la Côte d’Ivoire. En un mandat et demi, le Président de la République (Alassane Ouattara) a effacé toutes les traces (de la guerre) ; ce qui fait dire à certains qu’il n’y a pas eu de crise en Côte d’Ivoire.

Le Président Ouattara et son Gouvernement ont travaillé pour effacer ces traces. Allez à Kampala en Ouganda, à Monrovia au Libéria, à Freetown en Sierra-Leone – ces nations qui ont fait la guerre avant nous – vous verrez encore les stigmates de la guerre. Mais dans le cas de notre pays, on a tellement travaillé – il y a des routes, des ponts, des échangeurs – que des gens croient que c’était un amusement.

Or, la Côte d’Ivoire a connu la guerre et il y a eu des morts, des destructions massives. Aujourd’hui, les Ivoiriens sont heureux avec le bilan du Président de la République qui parle de lui-même.

Donc, le Rhdp Parti Unifié est né. C’est vrai qu’il y a des comportements langagiers qu’il faut changer. Parce que quand on dit qu’on va vivre ensemble, il y a des choses qu’on ne doit plus faire : insulter les gens, tenir des propos guerriers. Et quand on est houphouëtiste, surtout c’est le pardon. Parce que Houphouët (premier Président de la République ivoirienne), c’est le dialogue permanent. Houphouët, c’est la tolérance. Tu ne peux pas dire que tu es houphouëtiste et avoir des comportements à géométrie variable qui n’ont rien à voir avec ces valeurs que Houphouët prônait.

On est heureux que le Rhdp soit né. Il suffit seulement de mettre de côté nos egos, de renforcer le Parti Unifié et d’en faire une force solide, indéboulonnable qui donne envie d’être fiers d’être ivoiriens.

Le Rhdp est-il parti vainqueur des élections présidentielles de 2020 ? Parce qu’on entend certains dire que « 2020 est bouclé, c’est géré »

Moi, je suis un combattant. Aucune guerre n’est gagnée d’avance. C’est pourquoi j’aimais l’ancien entraîneur de l’Asec, Philippe Troussier qui disait : « à chaque match, sa stratégie ». Pour dire qu’il faut consolider le Rhdp pour que le vivre ensemble soit une réalité. A partir de là, nous irons véritablement de l’avant pour affronter toutes les étapes et avancerons allègrement pour que les efforts faits par le Président de la République ne tombent pas à l’eau. Donc gagner ! Mais pour gagner, il faut avoir la même stratégie, une cohésion, une solidarité, être ensemble devant les obstacles dans la paix ou dans la joie.

Quelle est la place de l’Udpci aujourd’hui, au sein du Rhdp ? Existez-vous toujours ?

Le Rhdp, dans sa forme ancienne, est né le 18 mai 2005 à Paris. L’Udpci et son Président Albert Mabri Toikeusse, ont toujours fait des efforts. Quand on dit efforts, certains croient que ce sont des efforts qu’on peut mesurer. Non ! Les efforts que l’Udpci a faits ne sont pas mesurables. Ce sont des efforts immenses. Pour qu’un couple dur, chacun doit fournir des efforts… Donc, l’Udpci a fait trop d’efforts.

Maintenant qu’on est arrivé à la forme actuelle, l’Udpci a donné mandat au Président Mabri de signer les textes du Rhdp et d’entrer dans le cadre du Parti Unifié. Donc, nous y sommes avec tout ce que cela comporte. Nous y allons allègrement pour que le Parti Unifié devienne une réalité totale et que personne n’arrive pas à rejeter les actes qu’il a posés.

Certains ont crié sur les toits que les partis vont disparaître avec la naissance du Rhdp. Vous avez vu que nous sommes allés au Rhdp Unifié, il n’y a pas eu de dissolution de partis. On a dit que nous avons une période de 6 mois pour que chaque parti fasse des efforts pour y arriver.

Moi, j’ai de la peine pour le Président Ouattara. Il a tellement travaillé pour la Côte d’Ivoire que certains, loin de lui ou proche de lui-même, posent des actes pour annihiler ses efforts. Vous ne pouvez pas vouloir aider un chef en disant des mensonges. Vous ne pouvez pas vouloir aider un chef en faisant des choses contraires à sa volonté.

Faites-vous allusion à ceux qui avaient annoncé la dissolution des partis avec la naissance du Parti Unifié ?

Non ! Je fais allusion à ceux qui posent des actes qui n’entrent dans ce que le Président de la République veut. Le Président Ouattara, c’est un homme de paix, un homme de dialogue, un homme de tolérance. Je vous donne un exemple simple. Ils ont déterré la dépouille mortelle de sa mère. Mais il a pardonné. Combien d’Ivoiriens ou combien de Présidents dans le monde peuvent pardonner cela ? Donc, il nous montre la voie de la tolérance, de la paix et du dialogue.

Monsieur le Président, vous avez été nommé à la tête du Crou A1, il y a quelques semaines. Vous êtes certainement venu des ambitions

Non ! Je suis venu avec une feuille de route, qui est une vision du Ministre de l’Enseignement supérieur, une vision en termes d’instructions du Premier Ministre et puis une vision en termes de projections du Président de la République.

Le Président Ouattara, le Premier Ministre, le Ministre de l’Enseignement supérieur souhaitent que les cités universitaires deviennent des internats où il fait bon vivre comme par le passé, d’où l’étudiant se rend à l’école sereinement, s’épanouit à travers le sport, la lecture et autres.

Mais, il faut un climat apaisé. Créer la confiance, la solidarité, le vivre ensemble, créer un esprit de famille au Crou et montrer aux étudiants qu’on est uni et déterminé à atteindre les objectifs. Et qu’on leur demande aussi d’être ensemble, dans un climat apaisé.

Ainsi, on a demandé aux travailleurs de se mettre au travail, d’arrêter les médisances, les calomnies. Aujourd’hui, quand quelqu’un vient voir le Directeur du Crou que je suis, pour faire des rapports sur un autre, je lui demande s’il pourra le faire devant le mis en cause.

Il faut mettre en confiance et mettre au travail ceux qui ne veulent pas travailler. On a fait d’abord des contrôles inopinés. Je vous informe qu’au mois de janvier, on a payé les prestataires de service main à main. Parce qu’il y a certains qui ne travaillent, qui viennent plus au Crou. Chaque matin, on appelle chaque numéro et on a découvert des choses. Le Président de la République, le Premier Ministre et le Ministre ont indiqué la voie. Moi, je ne fais que suivre cela.

Et les étudiants ne se sont pas impliqués dans la grève des enseignants. Parce que ça sera plus sauvage.

Quel a été votre rôle en tant qu’ancien de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) …

C’est vrai, je suis un ancien de la Fesci, un ancien syndicaliste. C’est vrai mais je suis un enseignant de formation. Donc, il y a la communication. Les syndicats estudiantins deviennent dangereux quand ils n’ont pas d’interlocuteurs.

Moi et mes collaborateurs, nous avons entamé un dialogue et nous sommes en train de créer un cadre permanent, d’ici le 15 ou 20 mars. Ça sera le Cadre permanent de dialogue et de concertation du Crou A1 avec les plus de 47 associations d’étudiants. Il va permettre non pas de régler les problèmes au jour le jour mais d’anticiper et de trouver les solutions avant.

A mon arrivée, il y avait un problème de bourses en retard. L’Etat de Côte d’Ivoire et le Premier Ministre ont dégagé plus de 1,2 milliard de Fcfa pour le paiement des bourses de décembre 2018 – une partie. En Janvier, ils ont dégagé 1,269 milliard de Fcfa. A l’heure où je vous parle, l’Etat ne doit de bourses à aucun étudiant.

Ensuite, l’Etat veut lancer les attributions de bourses. Mais nous avons déjà lancé les attributions de chambres en cité. C’était du 21 février au 8 mars. Allez sur le site www.crouabidjan1.ci . Nous sommes en train de travailler mais sur instructions du Ministre qui nous demande de ramener la paix à l’université.

Votre arrière-plan d’ancien « fesciste » vous aide certainement

Ça, c’est clair. La Fesci, c’est une école. Elle nous a appris beaucoup de choses, dont le dialogue. Parfois, je fais des réunions à 3heures du matin. C’est la Fesci qui nous a appris ça.

C’est ce qui a fait que la Fesci ne s’était pas impliqué dans la grève des enseignants en tant que tel

Quand le Fesci ou les autres associations veulent me rencontrer, la porte n’est jamais fermée. C’est quand vous refusez de dialoguer avec les jeunes qu’ils se croient obligés de faire ce qu’ils veulent faire. Mais quand ils ont un problème, nous sommes là. Ils ont une oreille attentive auprès de nous.

C’est vrai que vous êtes au Rhdp mais quelle est la position de l’Udpci sur la polémique de la réforme en profondeur ou de recomposition de la Commission électorale indépendante (Cei) ?

Je suis quand même étonné de constater que les années passent mais les pays africains ne tirent pas des leçons véritables de la politique, comme c’est fait sous d’autres cieux. Regarder un peu en Europe, aux Etats-Unis, où la politique est un art. Comme le dit (feu) le Prof Salif N’Diaye (ancien SG de l’Udpci), la politique, c’est d’abord l’éthique morale d’une vérité.

Certains croient qu’on gagne les élections à la Cei. Non, on ne gagne pas les élections à la Cei. Les élections se gagnent par rapport au travail qui est fait quotidiennement, méthodiquement de jour comme de nuit sur le terrain. C’est vrai, il faut un contrôle mais les élections ne se gagnent pas à la Cei. A partir de là, je voudrais inviter les hommes politiques à faire en sorte qu’il y ait un climat apaisé dans cette Cei pour qu’on avance allègrement. Sinon, nous nous n’avons pas de problème.

Vous êtes également membre fondateur de l’Union des Ancien de la Fesci (Una-Fesci). Quels sont les objectifs de cette union ?

Quand on était à la Fesci, on nous a dit que le temps de ton appartenance à la Fesci en terme de responsabilité, on doit être apolitique – Et personne ne montrait de quel parti il était – Mais après l’école ou l’Université (la fin des études), on est libre. C’est pourquoi vous voyez aujourd’hui des anciens de la Fesci qui sont au Front populaire ivoirien (Fpi, opposition), au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci, opposition), au Rassemblement des républicains (Rdr, au pouvoir), à l’Udpci …

Mais malgré nos divergences politiques, on a créé ce cadre de solidarité, pour nous retrouver, nous entraider, être ensemble.

Il n’y a pas d’objectif politique ?

Non, pas d’objectif politique. Parce que chacun a son parti politique. Moi, je suis Rhdp, Djué Eugène est Fpi, Martial Ahipeaud est de l’Union pour le développement et les libertés (Udl, opposition) … Et nous nous sommes dit que ce qui doit nous diviser doit être mineur par rapport à ce qui doit nous unir. Et ce qui nous unit, c’est que nous sommes d’abord des frères qui, à un moment donné, sur les bancs de l’école, ont mené la lutte ensemble. Moi, j’ai fait 4 fois la prison avec des camarades. L’Una-Fesci, c’est un cadre de solidarité comme les Lion’s club, etc.

Quel contact avec les autres comme Blé Goudé …

Blé Goudé a été un ancien Secrétaire général de la Fesci. Guillaume Soro aussi. Le cadre que nous avons créé est celui de tous les anciens de la Fesci. A priori, si quelqu’un a fait la Fesci, il s’y retrouve mais indépendamment de son parti politique.

Quand M. Djué dit par exemple, disait que la Fesci avait lutté pour l’amélioration des conditions de travail et d’études des élèves et étudiants mais maintenant, il faut que les Anciens luttent pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des Ivoiriens…

A ce niveau, il faut faire la part des choses. Il ne peut y avoir d’école ivoirienne sans véritable démocratie. C’est ce qui a fondé les actions de la Fesci. Donc, nous avons travaillé à l’amélioration des conditions de vie et d’études des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire. Nous avons dit que l’Una-Fesci est un cadre de solidarité, un cadre de dialogue, un cadre d’entraide. Ça s’arrête là. Je ne pense pas qu’on ait donné une autre coloration. Depuis qu’elle a été créée, nous n’avons pas encore dit que l’Una-Fesci glissait sur le volet politique ou sur un autre volet.

On dirait que vous avez des points de divergents

C’est ce qui fait le charme de la chose. C’est-à-dire qu’on est dans des partis politiques divergents….

Mais pourquoi êtes-allé demander pardon à Bédié alors ?

Dès sa création, l’Una-Fesci a décidé de rencontrer tout le monde. Ce sont les anciens du Mouvement des Elèves et Etudiants Républicains de Côte d’Ivoire (MEERCI) qui nous ont emmenés nous à nous rencontrer au décès de Djaha Jean… Et l’Una-Fesci, qui était encore un embryon, a commencé par faire le tour des hommes politiques pour leur montrer notre volonté de se retrouver. Nous allés voir le Président Mabri de l’Udpci, nous sommes allés voir aussi le Ministre d’Etat, Hamed Bakayoko qui nous avait même invités dans un maquis à Marcory… On a même demandé une audience au Premier Ministre Gon Coulibaly, qui en son temps nous a fait recevoir par le Ministre Touré Mamadou.

Mais n’oubliez pas que c’est le Président (Henri Konan) Bédié du Pdci qui a réhabilité la Fesci dans les années 97 sous le mandat de Guillaume Soro qui est venu après moi. La demande d’audience adressée à M. Bédié était bloquée quand son protocole nous a appelés un matin pour nous dire que le Président veut recevoir l’Una-Fesci.

Moi, j’étais occupé mais les autres ont pu effectuer le déplacement. Mais le pardon que l’Una-Fesci a demandé est un pardon national. Dans son parcours, la Fesci a dû heurter certaines sensibilités…. Je vous informe qu’actuellement, il y a une demande sur la table du Président de la République, Alassane Ouattara. L’Una-Fesci a renouvelé sa demande au Premier Ministre Gon.

Donc, on est prêt aujourd’hui comme on l’a fait à Daoukro (ville du centre ivoirien, et ville native de M. Bédié), à aller dire au Chef de l’Etat que l’Una-Fesci et ses cadres se mettraient à la disposition du pays et demander pardon pour tout ce qui a été commis par le passé. Ce pardon, c’est notre part de responsabilté.

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