Société & Economie

Grèves dans les universités ivoiriennes : la Cnec appelle « la communauté nationale et internationale pour aider à trouver des solutions »

Abidjan, 29 mai (LP) – La Coordination nationale des enseignants-chercheurs et chercheurs de Côte d’Ivoire (Cnec), en grève depuis deux (2) semaines, a appelé mercredi à « la communauté nationale et internationale à aider à trouver des solutions » à la crise en milieu universitaire, dénonçant la gouvernance d’Abou Karamoko, président de l’université Félix Houphouët-Boigny, la plus grande de la Côte d’Ivoire, lors d’une conférence de presse. (Lire l’intégralité de la déclaration de son porte-parole, Zamina Kouassi Johnson)

Trois faits majeurs ont motivé les mouvements de contestation dans le secteur de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique :

  1. Les conditions de vie qui se dégradent
  2. Les conditions de travail qui ne sont plus adaptées et
  3. La mauvaise gouvernance des autorités académiques.
  4. CONDITIONS DE VIE

Ce chapitre regroupe essentiellement les revendications suivantes :

  1. Revalorisation des salaires
  2. Nouvelles primes de recherche
  3. Application de nouveaux taux horaires.

La dernière revalorisation des salaires remonte à 2009.

Lors du séminaire de Grand-Bassam de 2014, autorités politiques, enseignants-chercheurs et experts ont tous reconnu la nécessité de revaloriser les salaires pour tenir compte des mutations sociales depuis 2009.

Une autre raison, c’est que les structures universitaires pratiquent désormais le LMD qui dans son application exige une revalorisation salariale. Mieux, cette exigence salariale admet la reconnaissance du Doctorat (une grille particulière).

La mise en ligne des cours exige une dotation en matériel informatique pour chaque enseignant ; ce qui voudrait dire des dépenses supplémentaires.

Les Enseignants-chercheurs, dans le but de se perfectionner, doivent participer aux colloques, symposiums, rencontres scientifiques à travers le monde pour se frotter aux autres intellectuels. Cela requiert des moyens de déplacements, d’hébergement, etc. non pris en charge par l’Etat comme c’est le cas dans les autres pays du RESAO.

Les taux horaires datent des Décrets de 1976/1977. Le changement a eu lieu théoriquement le 14 mars 2019 au séminaire de Bingerville. Le monde universitaire attend que les résolutions soient actées par l’Etat (Décret ou arrêté ministériel).

Le séminaire de Bingerville du 14 mars 2019 n’est pas encore acté alors que certaines de ses résolutions sont déjà en application.

  1. CONDITIONS DE TRAVAIL

La maquette pédagogique est un ensemble de curricula mis en œuvre par les conseils scientifiques et pédagogiques des différentes filières des Unités de formation et de recherche (UFR).

Dans le cadre du RESAO, une harmonisation des maquettes s’est avérée nécessaire. Pour mettre un frein aux disparités, une maquette pédagogique consensuelle a été mise aux normes du LMD en 2011. Son élaboration puis son adoption ont été discutées en 2014 avec les experts nationaux et internationaux. Un quota horaire minimum a été fixé à 30heures. Depuis 2016, la situation a changé.

Ainsi, l’on constate des quotas de 06h à 08h (remise en cause de façon unilatérale) avec de nouveaux taux et de nouvelles charges horaires totalement en deçà des normes exigibles par le LMD. Des matières comme l’informatique, le droit et l’anglais ne se font plus dans les cours de connaissances générales annexes (Licence1 à Licence 2) et en Master I.

Comme conséquences, les étudiants désapprennent et sont moins formés. Nous constatons avec le schéma actuel, la désarticulation de la maquette pédagogique ; aucune cohérence dans l’articulation de cette maquette. Les Etudiants deviennent moins compétitifs au plan national et à l’international. On comprend aisément que l’objectif recherché par les autorités universitaires est de réduire les heures complémentaires (HC).

La réhabilitation des Universités n’a pas pris en compte le Wifi, la bibliothèque physique et virtuelle, les salles de cours, les amphis, bureaux, l’éclairage, la climatisation, les toilettes, la sécurité, … Beaucoup d’espoir avait été fondé sur la visite du Vice-président Daniel KABLAN Duncan par rapport à la bibliothèque physique et virtuelle en 2014. Malheureusement, le constat est plus que désastreux.

  1. GOUVERNANCE

On note une mauvaise application des textes existants. L’application parcellaire des textes selon les intérêts des dirigeants universitaires. Ces textes datent de 1976 et ne répondent plus aux aspirations scientifiques et académiques des structures universitaires et aux exigences du LMD. Ils ne sont plus conformes aux normes internationales. Il y a divers textes pour les mêmes problèmes.

Nous notons que les franchises universitaires et les libertés syndicales (Article 17 de la Constitution ivoirienne) sont régulièrement foulées au pied. Des violences et pressions psychologiques, morales, verbales et mentales sont exercées sur les enseignants.

Des dysfonctionnements administratifs : dictature, sanctions, non signature de dossiers CAMES, non-respect d’engagement, l’emprisonnement, le musèlement, …des Enseignants. A cela, s’ajoutent la mise sous scellés de salaires, de primes de recherche et la mise sous contrôle des comptes d’épargne des collègues sanctionnés.

Pis, nous constatons une insubordination des autorités universitaires vis-à-vis de la tutelle quant aux résolutions non appliquées de la crise relative aux sanctions subies par les douze (12) Enseignants de l’Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY le 15 février 2019.

Toutes les tentatives de médiation depuis le mois de février 2019 ont reçu une fin de non-recevoir auprès des autorités académiques.

Au regard de tout ce qui précède, la CNEC voudrait une élection des dirigeants. Nous restons toujours ouverts aux négociations. Nous en appelons à la communauté nationale et internationale pour aider à trouver des solutions pour une paix durable dans les Instituts, les Grandes Ecoles, les Centres de Recherche et les Universités de Côte d’Ivoire. Car un pays sans éducation compromet gravement son développement.

Certains pays comme le Sénégal et le Mali ont récemment cédé aux revendications sans que le ciel ne leur tombe là-dessus. Vivement que les Autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières jettent un regard objectif et constructif sur les structures de l’éducation formation en Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan le 29 mai 2019

Le Secrétaire général de la CNEC

JOHNSON Kouassi Zamina

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