Politique

Côte d’Ivoire : « Soro a décidé de suivre sa voie, son destin… ne voyez pas en cela un divorce » d’avec Ouattara (Joël N’Guessan)

Abidjan, 14 avril (LP) – Le Vice-Président du Rassemblement des républicains (Rdr, parti au pouvoir en Côte d’Ivoire), Joël N’Guessan, se prononce sur la marche du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp Unifié au pouvoir), les élections de 2020, la mise en place de la nouvelle Commission électorale indépendante (Cei), l’ex-Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro et l’action en justice des organisations des droits de l’Homme pour annulation de l’amnistie du 6 août 2018 prise par le Président de la République, Alassane Ouattara, dans l’interview du dimanche de l’agence de presse Le Progrès.

Monsieur le Vice-Président, le dimanche 7 avril dernier, M. Ouattara, par ailleurs, Président du Rhdp, a nommé les membres du Conseil politique du parti. Peut-on conclure que le Rhdp est irréversiblement en marche ?

Ce qui est sûr, c’est en marche. Et sachez que de manière irrémédiable, on ne peut plus faire marche arrière. Mais c’est tout un processus. Aujourd’hui, les membres du Conseil politique ont été nommés. Leurs feuilles de routes seront connues certainement dans les prochains jours. Et vous verrez que ce sera une machine qui sera très offensive sur le terrain …

Mais la finalité est de gagner les élections

On crée un parti politique pour gagner les élections.

On entend certains cadres du Rhdp dire que « tout est bouclé » !

Vous voulez qu’ils disent le contraire ? Vous voulez que quelqu’un qui crée son parti politique pour gagner les élections disent le contraire ? En termes de communication politique, ça ne se fait pas. On ne dit pas le contraire de ses ambitions et de ses espérances.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que le Rhdp a les dénominations de partis tels que l’Union pour la Côte d’Ivoire (Upci), le Mouvement des Forces de l’Avenir (Mfa), le Parti Ivoirien des Travailleurs (Pit) et Liberté pour la Démocratie et la République (Lider) mais qu’il n’a pas la base ?

C’est eux qui le disent hein ! Vous n’avez qu’à voir un peu les résultats des dernières élections municipales et régionales. Celui qui n’a pas la base ne peut pas gagner ces élections. Que le Rhdp rafle près de 80% et prétendre qu’il n’a pas la base, qu’il n’a pas les militants, c’est faire preuve de cécité politique.

Donc, le Rhdp est un parti fort

C’est un parti fort qui, dès sa création, est implanté sur l’ensemble du territoire ivoirien avec des militants qui croient en cet idéal. Ceux qui disent qu’ils n’ont pas la base font des discours de salon.

Mais le Président Bédié pense que le Parti Unifié est un parti mort-né

Ah bon ? Je crois que c’est la coquille vide qu’on lui a laissé qui est mort-né.

Que dites-vous du divorce entre MM. Ouattara et Soro ?

Je ne comprends pas. L’ex-Président de l’Assemblée nationale a décidé de faire cavalier et de suivre son destin politique. Et vous vous résumez en disant qu’il y a divorce. Qui vous dit qu’ils ne vont pas se retrouver demain. Tout est possible dans le milieu politique.

A partir de cet instant, je considère que Soro Guillaume est en train de suivre sa voie, suivre son destin. Si ça marche, c’est tant mieux. Si ça ne marche pas, il a essayé. Donc, ne voyez pas en cela, le divorce. Il a l’âge des enfants du Président Alassane Ouattara. Franchement, moi, je ne vois pas de divorce.

Actuellement, est-ce le parfaitement amour entre M. Soro et ses ex-camarades du Rdr ?

Je ne vois pas cela sous l’angle de l’amour. On est en politique. Chacun suit son destin, ses objectifs. On ne suit pas les affections. On ne suit pas les émotions. On suit son destin et ses objectifs. Et ça, on ne peut pas empêcher n’importe lequel des cadres du Rdr, du Rhdp d’avoir cela à l’esprit. Il a décidé de suivre son destin et ses objectifs. On le laisse les suivre. Dans la vie, les choses s’apprécient par rapport au résultat.

On a entendu certains souhaiter une alliance entre le Rhdp devenu parti et le Pdci au nom de la paix. Cela est-il envisageable dans le contexte actuel ?

Tout est possible en politique. Mais ce que je peux vous dire, c’est que ce sont les élucubrations politiques de salon. Attendons de voir !

Pourquoi ?

Parce que ça ne repose sur rien. Des gens s’asseyent dans leurs salons et ils émettent plusieurs hypothèses. C’est ce que j’appelle élucubrations politiques.

Maintenant que le Parti Unifié est une réalité, le Conseil politique a été mis en place, la prochaine étape, c’est peut-être la désignation du candidat aux élections de 2020. Est-ce que le Rhdp parviendra-t-il à dégager un candidat ?

Si vous lisez bien notre nouvelle Constitution, ce n’est pas un candidat. C’est un ticket de deux personnes. La grande équation aujourd’hui, qui seront ces deux-là ? Personne ne se pose la question. Et on dit : « Soro va candidat ; Ouattara av être candidat ; Amadou Gon va être candidat ; Hamed Bakayoko va être candidat ; Bédié va être candidat ». Mais avec qui ? Personne ne se pose cette question. Le jour où on va commencer à se poser la question, on va avoir une meilleure visibilité par rapport à ce qui va se passer en 2020. C’est une paire qui va solliciter le suffrage des Ivoirien en 2020.

Ceci étant dit, je vais répéter quelque chose que j’ai déjà dit. En 2020, c’est ceux qui seront en vie, en bonne santé et en liberté qui peuvent avoir des ambitions. Chaque fois qu’on aborde la question de 2020, qu’on se dise : « si Dieu le veut. Est-ce que Dieu va me donner la possibilité d’être en vie, d’être en bonne santé ? Est-ce que Dieu va me donner la possibilité d’être en liberté pour que je puisse avoir des ambitions ».

Ce ne sont pas les meetings qui vont faire 2020. Les rassemblements, ce n’est pas ça. C’est l’offre de bien-être que nous pouvons avoir pour nos populations qui va faire la différence. D’abord l’existent. Qu’est-ce que nous apprécions du travail fait par l’équipe ancienne ? Qui a quelque chose de mieux à proposer ? Quel ticket va-t-on proposer ?

Aujourd’hui, quand vous regardez les acteurs politiques, quel que soit le camp, leurs débats, c’est d’organiser les meetings. C’est vrai, les meetings participent de l’animation de la vie politique. Mais les propositions, je crois que c’est mieux. Parce que les Ivoiriens vont nous juger par rapport à ce qu’on va leur proposer de nouveau. Ce n’est pas quand on va ramasser des gens avec des cars pour faire la mobilisation qu’on va être sûr que 2020 est un acquis.

Et quels sont les tickets gagnants au niveau du Rhdp ?

En tous cas, si j’étais candidat, je vous l’aurai dit. Mais comme je ne connais pas ce qu’il y a dans la mentalité des uns et des autres, je ne pourrai pas.

Au sujet d’une éventuelle candidature du Président Ouattara

Lui-même, il a dit qu’il ne se prononce pas maintenant.

Depuis le 21 janvier, le Gouvernement, l’opposition et la société civile se rencontrent pour la mise en place d’une nouvelle Cei. Mais alors que le Gouvernement parle de recomposition de la Commission, l’opposition parle de réforme profonde. D’après vous, le consensus est-il possible ?

Dans les pays qui sont démocratiquement mûrs, il n’y a pas de Commission électorale. Est-ce qu’aux Etats-Unis, il y a une Commission électorale ? Est-ce qu’en France, en Allemagne, en Israël qui vient de voter, il y en a ? Est-ce qu’en Angleterre, en Italie, il y en a ? C’est parce que chez nous, la démocratie n’est pas encore bien ancrée dans nos mentalités, qu’on a des Cei. Pour mémoire, souvenez-vous, dans ce pays, que c’est nos divergences sur le jeu démocratique à partir de 1990 qui ont fait que nous avons mis en place la Cei.

Sinon, ce sont les administrations qui organisent les élections. Jusque-là, c’était le Ministère de l’Intérieur qui les organisait.

Cependant, si aujourd’hui, on dit que c’est le Ministère de l’Intérieur, il y aura une suspicion sur les préfets, les sous-préfets. C’est pour cela qu’on a accepté le principe de la Commission électorale.

Ceci étant, cette Cei qui est dirigée par un cadre du Pdci, est issue d’un consensus qui a été obtenu à Pretoria (en Afrique du Sud). Donc, c’est nous-mêmes, acteurs politiques qui avaient accepté ça.

Maintenant, si aujourd’hui, certains trouvent que ça ne leur convient pas, on peut faire des aménagements. Mais dire qu’il faut fondre la Cei et que sans cela, on ne peut pas aller à des élections… comme si c’était les membres de la Cei qui votaient. Ce n’est pas eux qui votent. C’est le peuple qui vote.

Surtout que le mode de fonctionnement de la Cei fait que si un parti présente un candidat qu’il est bien organisé sur le terrain, personne ne peut lui voler sa victoire. C’est des remontées systématiques d’informations de la base jusqu’à la Commission centrale.

Comme des gens n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent en terme politique, ils passent leur temps à activer ce débat qui, à mon sens, n’a pas sa raison d’être.

Ceci étant, selon les recommandations de la Cour Africaine des Droits de l’Hommes et des Peuples (Cadhp), on va s’asseoir pour mettre en place une Cei. Mais si c’était moi, on revient aux situations d’avant. Si on est vraiment convaincu que notre démocratie est avancée et qu’elle est sérieuse, pas de Cei.

Est-ce à dire une Cei confiée…

Des élections confiées comme dans les pays modernes à l’Administration.

Dans ce contexte, le consensus recherché est-il possible ?

Il y avait un consensus avant.

Avant 90, c’était l’Administration qui organisait les élections.

Mais actuellement où chaque partie à sa position…

On doit s’entendre sur le fait que quand on a un pays démocratiquement mûr, on ne met pas en place une Commission électorale indépendante.

Le 6 août, le Président Ouattara a pris une ordonnance qui amnistie 800 personnes … Cette ordonnance a été attaquée par certaines organisations des droits de l’Homme devant la Cour suprême réclamant son annulation

C’est leur droit. Et de la même manière, c’est le droit du Président de la République d’amnistier les gens. C’est aussi simple.

Mais elles estiment que cette amnistie n’est pas conforme à la Constitution et que le droit des victimes a été lésée

Qu’elles parlent de victimes, c’est leur droit. Mais l’acte qui consiste à dire qu’on va amnistier, c’est du domaine du droit du Président. Il prend une ordonnance d’amnistie et les députés valident cela. Notre Constitution le dit. On ne peut pas nier au Président son droit. De la même manière que c’est leur droit de saisir la Cour suprême, c’est aussi le droit du Président de la République de dire : « moi, j’amnistie, je fais grâce ». Pourquoi, elles veulent que leur droit soit supérieur au droit du Président ? La Constitution est claire.

Finalement, personne ne porte le chapeau de ce qui s’est passé entre 2010 et 2011

En matière de droit, il y a deux notions fondamentales. D’une part, la responsabilité et de l’autre la culpabilité. En termes de responsabilité, tous les acteurs politiques que nous sommes, nous sommes responsables du drame que la Côte d’Ivoire a vécu. Mais nous ne sommes pas tous coupables. Nous sommes responsables, parce que c’est nous qui avons le destin du peuple en main. Que ce soit l’ex-Président, les partis d’opposition de l’époque, etc, de par, nos déclarations, de par, nos dires et autres, nous avons une responsabilité mais nous n’avons pas tous le même niveau de culpabilité.

Il y a des individus qui ont pris des fusils et ont tiré sur leurs camarades. Ceux-là, ils sont coupables. Il y a des individus qui ont incité à la haine. Ceux-là sont coupables. C’est important parce que des gens font l’amalgame entre responsabilité et culpabilité.

Mais ils disent que c’est deux camps qui ont pris des armes…

Oui, ils disent que c’est la justice des vainqueurs. D’accord, le jour où vous me montrez un pays où il y a une justice des vaincus, on va continuer ce débat.

Qu’avez-vous à dire aux victimes ?

Moi-même qui vous parle, je suis une victime. Puisqu’on a abattu quatre de mes gens devant moi. C’est ça que je suis allé témoigner à la Cour pénale internationale (Cpi). C’est vous dire que quelque part, on doit se dire : « plus jamais ce qu’on a vécu ». Et on doit l’avoir dans notre subconscient. « Plus jamais des tueries. On n’en a pas besoin ». La politique ne doit pas aboutir à des tueries.

Vous remarquerez quelque chose de fondamentale. Depuis la fin de notre crise, seul le parti au pouvoir a demandé pardon et s’est repentit.

Et ceux qui sont sortis de la prison…

Ils n’ont jamais demandé pardon. Ils n’ont jamais reconnu leur tort. Montrez-moi une seule phrase prononcée par ceux qui étaient hier au pouvoir, dans laquelle ils disent qu’ils demandent pardon. Il n’en a jamais eu. Et ça, ça crée le lit de potentielles vengeances. Je suis un observateur très avisé des déclarations de tout le monde. Jamais eu ! Parce qu’ils estiment qu’ils n’ont jamais rien fait. C’est comme si de façon spontanée, des individus se sont levés et ce sont auto-tués.

Ce qui est sûr, nous attendons leur repentance officielle.

bbe/ako

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