Société

Côte d’Ivoire : le syndicat des enseignants du privé annonce « une grève illimitée »

Abidjan, 30 octobre (LP) – Le Syndicat national des enseignants et des personnels non enseignants du privé laïc de Côte d’Ivoire (Synepplaci) a annoncé « une grève illimitée à compter du mercredi 14 novembre sur tout le territoire national » pour des revendications salariales, selon un préavis adressé au Ministre de l’Education nationale, dont Le Progrès a reçu copie.

Abidjan le 27 octobre 2018 

A 

Madame la Ministre de l’Éducation Nationale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle

ABIDJAN

Objet : PRÉAVIS DE GRÈVE

Les enseignants et les personnels non enseignants du privé laïc de Côte d’Ivoire, se sont réunis en assemblée générale ordinaire de reprise pour l’année scolaire 2018-2019, ce samedi 27 octobre 2018, de 11 h 05 min à 14 h 30 min, au siège du SYNEPPLACI, à Treichville.

Après une analyse approfondie des conditions de vie, le SYNEPPLACI et ses membres on fait le point des difficultés relatives à l’exercice de leurs fonctions. Ces difficultés sont essentiellement d’ordre social. Elles portent gravement atteinte à notre dignité.

Considérant que depuis la dévaluation du franc CFA, l’enseignement privé laïc est le seul secteur d’activité en Côte d’Ivoire à voir ses augmentations des salaires bloqués par l’État et les fondateurs. Ce blocage dure depuis 23 ans.

Constatant qu’en conséquence de ce blocage :

L’enseignant du secondaire privé laïc est l’enseignant le moins payé du système éducatif ivoirien public comme privé, avec 95 450 FCFA pour le premier cycle et 103 454 FCFA pour le second cycle ;

L’enseignant du primaire privé laïc est le salarié le moins payé des travailleurs ivoiriens avec 50 780 FCFA pour la jardinière d’enfants et 58 435 FCFA pour l’instituteur ; des salaires tous en dessous du nouveau SMIG de 60 000 FCFA.

Excédé par ce mépris occasionné par cette longue attente devenue intenable et en raison de la grande misère dans laquelle vivotent les enseignants du privé laïc, le SYNEPPLACI, use de l’ultime arme légale que lui confère la loi, pour interpeller le gouvernement et les employeurs sur leur situation.

Après plusieurs courriers de demandes d’audiences au Ministère de l’Éducation Nationale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et au Ministère de l’Emploi et de la Protection Sociale restés sans suite.

Attendu que la spéciale dévaluation n’est rien d’autre que les augmentations des salaires octroyées par l’État en 1994 et 1995.

Attendu qu’en décidant en novembre 2017 de payer la somme de 362 735 039 FCFA, l’État venait de solder sa dette de 24 mois de Spéciale dévaluation ou plus précisément de 24 mois d’augmentations des salaires après dévaluation du Franc CFA vis-à-vis des enseignants et des personnels du privé laïc.

Attendu que ce sont au total 2 907 360 259 FCFA (Deux milliards neuf cent sept millions trois cent soixante mille deux cent cinquante-neuf) que l’État de Côte d’Ivoire et l’Union Européenne ont déboursés au titre de la spéciale dévaluation pour permettre aux enseignants et aux personnels du privé laïc de bénéficier des augmentations des salaires de 1994 et 1995 au même titre que tous les travailleurs ivoiriens après la dévaluation du Franc CFA.

Attendu que le SYNEPPLACI vient de procéder (du 18 septembre 2018 au 18 octobre 2018) au paiement de la dernière tranche de quatre mois de la spéciale dévaluation, c’est-à-dire, le paiement des augmentations des salaires de 1994 et 1995, de trois cent soixante-deux millions sept cent trente-cinq mille trente-neuf francs CFA (362 735 039 FCFA).

Les sommes dues ont été calculées par l’État (Ministère de l’Éducation Nationale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle), les fondateurs (FENEPLACI), la délégation de la commission de l’Union Européenne et les représentants des travailleurs (SYNEPLACI).

Les calculs ont été faits sur la base des taux des augmentations suivants, ainsi que les taux cumulés qui en découlent :

TAUX DE CHACUNE DES AUGMENTATIONS DES SALAIRES DE 1994 et 1995

CONVENTION COLLECTIVE 1ère augmentation: 2ème augmentation:
DES ENSEIGNANTS DE 1994 1er février 1994 A MAI 1995 : 16 MOIS 1er juin 1995 A JUIN 1996 : 13 MOIS
BAREME DES SALAIRES
CAT FONCTIONS CONVENT TAUX MONTANT SALAIRE 1994 TAUX MONTANT SALAIRE 1995
1 jardinière d’enfant 50 780 25% 12 695 63 475 15% 9 521 72 996
2 instituteur adjoint 58 433 25% 14 608 73 041 15% 10 956 83 997
3 instituteur 66 215 25% 16 554 82 769 15% 12 415 95 184
4 instituteur de classe exceptionnelle 79 208 25% 19 802 99 010 15% 14 852 113 862
5 Professeur 1er cycle 95 450 25% 23 863 119 313 7% 8 591 127 903
6 professeur 2ème cycle et supérieur 103 454 25% 25 864 129 318 7% 9 311 138 628

TAUX CUMULES DES AUGMENTATIONS DES SALAIRES DE 1994 et 1995

SPÉCIALE DÉVALUATION
Application des taux de 1994 et 1995
Sal, réel TX cumulés AUG Nouv.sal.
50 780 43,75% 22 216 72 996
58 433 43,75% 25 564 83 997
66 215 43,75% 28 969 95 184
79 208 43,75% 34 654 113 862
95 450 33,75% 32 214 127 664
103 454 33,75% 34 916 138 628

Les enseignants et autres personnels du privé laïc demandent par conséquent à l’État :

  • La rétrocession des augmentations des salaires de 1994 et 1995 ;
  • La remise de l’arrêté du Ministre de l’Emploi et de la Protection Sociale portant revalorisation des barèmes des salaires minima catégoriels conventionnels 2015 du secteur de l’enseignement privé laïc au taux de 9 % conformément aux accords des parties (patronat et syndicats) en date d’août 2016, sous l’égide du Ministre de l’Emploi et de la Protection Sociale ;
  • Le remboursement de la somme de 219 541 890 FCFA (soit 15 % des 1 463 612 602 FCFA de la spéciale dévaluation) due par l’État et les fondateurs ;
  • La liquidation du stock des arriérés des augmentations des salaires et des manques à gagner conventionnels :
  • Le paiement du stock des arriérés d’augmentation de salaire de 1994, 1995, 1 996 et 1 998 d’un montant total de 24 779 202 427 FCFA (vingt-quatre milliards, sept cent soixante-dix-neuf millions deux cent deux mille quatre cent vingt-sept mille francs CFA).
  • Le dédommagement de tous ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes de paiement de la spéciale dévaluation (enseignants et autres personnels du privé laïc) par la prise en charge du différentiel entre le salaire qu’ils perçoivent maintenant et les salaires qu’ils auraient perçus si le barème de salaire mis en annexe de la convention collective des enseignants du privé laïc de 1994 avait été mis à jour des augmentations de salaire de 1994, 1995, 1 996,1998 et 2 015.
  • Le remboursement du manque à gagner de 400 000 000 000 FCFA (quatre cents milliards de FCFA) dû aux enseignants du privé laïc sur la convention État – Patronat de 1992.
  • L’élargissement du paiement de l’indemnité de logement à l’ensemble des enseignants et des personnels des établissements d’enseignement privé laïc.

Faute de satisfaction, les enseignants et autres personnels du privé laïc décident :

  • D’une grève illimitée à compter du mercredi 14 novembre 2018 sur tout le territoire national ;
  • D’un rassemblement de protestation le mercredi 14 novembre 2018 à 10 heures au plateau, à la présidence de la République et à la primature avec remise de nos réclamations aux représentants de la présidence et du gouvernement ;
  • D’un SIT-IN à la délégation de la commission de l’Union Européenne ;
  • D’un SIT-IN au Ministère de l’Éducation Nationale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle ;
  • D’un SIT-IN au Ministère de l’Emploi et de la Protection Sociale.

Jusqu’au règlement diligent des préoccupations afin que le salaire des enseignants et autres personnels du privé laïc de Côte d’Ivoire soit effectivement revalorisé mettant de ce fait fin à 23 ans de privation.

P/Le SYNEPPLACI

 Le Secrétaire Général National

CAMARA OUMAR

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